Avertir le modérateur

14 juin 2012

Pologne/ Ukraine, on a fait le match des pays organisateurs

slavko.jpg

C’était la question à 1.000 zlotis (ou hryvnias). Qui de la Pologne ou de l’Ukraine allait être le meilleur (ou plutôt) le moins mauvais des deux pays organisateurs? On est sur place et on fait le match.

Infrastructures.

Ukraine: La grande classe. La Dombass Arena de Donetsk est une merveille architecturale, et le Stade Olympique de Kiev n’est pas trop mal non plus. Ca tombe bien, le premier aura une demi-finale, le second la finale. Pour avoir bien vu la Dombass, je peux vous assurer que l’Oligarque à la tête du Shaktior Donetsk n’a pas balancé son argent par la fenêtre. D’extérieur, il est magnifique. D’intérieur, il conserve l’ambiance mais aussi la chaleur. Hyper fonctionnel, hyper propre, hyper simple d’accès (plein centre-ville). C’est du 5 étoiles. Tout comme le centre d’entraînement de Kirsha, où sont situés les Bleus. A ce niveau-là, l’Ukraine fait largement le boulot.

Pologne: La grande classe aussi et sans piste d’athlétisme comme à Kiev ou Karkiv.  Le Stade National de Varsovie est un ravissement pour les yeux, le Stadium Municipal de Wroclaw me fait penser au plus bas stade du monde – à mon humble avis – aka mon Stadium de Toulouse. Avec sa couleur ambrée, l’Arena de Gdansk donne aussi envie d’être aimée. La pelouse moins. Sèche et mal tondue, elle a mise en colère nos Espagnols. Les centres d’entraînement de la Roja et des Allemands sont tout à fait convenables, mais ne boxent dans la même catégorie que les installations de Kirsha.

L’Ukraine gagne le match pour un brin d’herbe.


article_donbass8.jpg


Organisation

Ukraine: Dès que l’on arrive sous la juridiction de l’UEFA, tout est forcément impeccable, réglé au millimètre près. En revanche, tout ce qui a été laissé à l’organisation ukrainienne relève franchement du grotesque. Pour les supporters, trouver un lieu pour dormir est un exploit. Le marché de l’hébergement est un enfer qui ressemble plus à une fraude Madoffienne qu’autre chose. Autant que le  prix de la vie, qui a bizarrement triplé en quinze jours. Voire en quelques heures, en fonction de la tête du client. Pas si surprenant que ça, dans un pays en proie à des disparités (et des difficultés) économiques fortes.
Passons sur l’aéroport qui dessinait encore ses lignes blanches au sol quand notre avion atterrissait, sur le camping officiel censé accueillir des milliers de supporters subit encore des travaux, tout comme les autoroutes, les offices de tourismes… Ici, les gens expliquent que c’est dans la mentalité de toujours finir dans l’urgence. Mais qu’à chaque fois ils y arrivent. Presque à chaque fois, alors.

Pologne: En comparaison avec son voisin, la Pologne partait de moins loin. Mieux desservi par le transport aérien (merci le low-cost et l’aéroport de Beauvais), le pays n’a pas attendu l’organisation de cet Euro pour découvrir les charmes de la conduite sur autoroute. Reste que le tronçon promis entre Varsovie et Poznan paraît remis pour l’Euro 2016. A Gdansk, on aperçoit des échangeurs routiers perdus dans le vide. Du côté humain, les volontaires sont aussi délicieusement dépassés, les traducteurs donnent eux l’impression d’exercer avec un Harrap’s sous les yeux. Vous avez compris, on est loin des canons de perfection alpins de la Suisse et de l’Autriche en 2008. Mais l’offre hôtelière tient la route (comparée au hold-up ukrainien).  Les Polonais sont aussi disposés à vous offrir leur canapé contre 15 euros la nuit. Et la bière au petit-déjeuner est bien sûr comprise.

Et un, et deux, et trois zéro Polska.

girl.jpg


Les gens

Ukraine: D’une manière générale, les Ukrainiens sont d’une politesse infinie. Souriants, avenants, ils ont le contact facile et le propos pertinent… quand vous arrivez à leur parler. Car c’est sans doute ce qui frappe le plus dans ce pays: personne ne parle anglais. Nous les Français n’avons certainement pas de leçons à donner sur ce dossier-là, mais ici la situation en devient dramatique pendant cet Euro. Sans exagérer, 95% de la population, qu’elle soit jeune ou vieille, ne parle pas un mot d’anglais. Et quand je dis pas un mot, je ne plaisante pas. Il est impossible de se faire comprendre, même en utilisant le vocabulaire le plus simplissime possible. Et c’est partout pareil: taxis, hôtels, bars, restau.

Pologne: Réservé dans un premier temps, le Polonais vous met très vite en confiance par la suite. Si vous ne parlez pas la langue de Lech Walesa et Jacek Bak, pas de problème. Vos restes d’anglais scolaires suffisent pour commander au resto, demander votre chemin ou disserter sur les dézonages de Samir Nasri.

On va dire match nul. On ne va pas fâcher Bertrand et ses nouveaux amis. 

article_hooligans.jpg


Racisme

Ukraine: On nous annonçait le pire et pour l’instant, R.A.S. Si le pays porte une très mauvaise réputation dans ce domaine-là, les supporters fanatiques semblent être en vacances. On ne va pas s’en plaindre.

Pologne: Difficile à se prononcer. Personnellement, je n’ai rien constaté. Aucun cris de singes par exemple, quand Balotelli touchait (et perdait) le ballon. Le Premier ministre, Donald Tusk, s’est d’ailleurs élevé contre ces accusations de racisme. «Ce n'est pas en Pologne où les centres pour immigrés sont assiégés par des néo-nazis et où on tire sur les élèves d'écoles juives!» Il n’empêche, il vaut mieux éviter d’aborder certains sujets avec les hooligans de Gdansk, si j’en crois mes nouveaux copains polonais.

Pas évident de se prononcer sur un tel sujet, surtout au bout d’une petite semaine. Match nul donc.

article_RTR33DR3.jpg


Ambiance

Ukraine: Il faut dire ce qui y est, l’Ukraine se fout de son Euro. Bien sûr, il y a eu de l’ambiance à Kiev pour le premier match de l’équipe nationale face à la Suède, mais on ne peut pas parler de ferveur populaire. Pas même d’enthousiasme, en fait. Donetsk présente un encéphalogramme d’ambiance parfaitement plat depuis le début de la compétition. Les locaux, qui ne semblent pas passionnés par l’événement, y sont pour beaucoup. Les supporters, peu présents – pour des raisons financières et logistiques –, aussi. Finalement, s’il était encore en vie, Brel chanterait que «c’est triste Donetsk, un soir de match.»

Pologne: C’est sur ce point que la Pologne fait la différence. A Gdansk, les Polonais picolent avec les Irlandais qui payent leur tournée aux Espagnols. Une semaine de fête, d’un gentil n’importe quoi et pas un incident à déplorer. L’Europe comme on l’aime. Tous les bars de la ville diffusent les matchs. Même un but de Helder Postiga déclenche un bordel pas possible. Alors je ne parle même pas des matchs de la Pologne. J’ai connu la victoire des Blacks chez eux en octobre dernier. Et bien comparé à un simple 1-1 contre la Russie, la fête des Néo-Zélandais tenait plus à un pot de départ à une agence du Crédit Agricole. Bénissons donc ce pays qui paraît ignorer le délit de tapage nocturne.

Jeu, set et match Pologne.

Alexandre Pedro pour la Pologne, Bertrand Volpilhac pour l’Ukraine.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu